Intensifier notre investissement dans l’école, l’égalité et le savoir.
Benoit Hamon
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Dans un pays où la question identitaire se substitue à la question sociale il est prévisible que l’instinct des foules submerge bientôt la conscience du peuple.

L’Islam est l’obsession française de ce début de 21ème siècle. Une obsession telle que dans une enquête internationale réalisée en 2014 par l’institut Ipsos-Mori dans 14 pays, intitulée « périls de la perception », la France se distingue comme le pays où la perception du nombre de musulmans présents est la plus éloignée de la réalité constatée. En France, les personnes interrogées jugent que 31% de la population est musulmane, alors qu’en réalité seuls 8% des habitants le sont.

Le dernier épisode en date de cette hystérie est l’interdiction du burkini sur les plages.

Je n’aime pas le burkini s’il est la marque revendiquée d’une inégalité entre les femmes et les hommes et s’il sous-entend comme vêtement revendiqué « pudique » que toutes les autres femmes seraient impudiques. Mais la polémique partie de Cannes va bien au-delà d’une étoffe qui couvre les baigneuses musulmanes, elle cible une nouvelle fois les musulmans sans distinction.

Jusqu’à présent c’est la droite et l’extrême droite qui se faisaient concurrence sur le registre de la polémique identitaire. Mais c’est nouveau. A gauche aussi, le burkini a suscité des réactions embarrassantes ou navrantes.

Je n’y vois pas, comme Jean Luc Mélenchon, une « provocation politique », comme si nous subissions une initiative organisée qui aurait délibérément programmé la présence de femmes en burkini sur les plages de l’été. Je veux dire aussi ma consternation devant les propos incohérents du premier ministre au quotidien la Provence. Il y affirme que la plage était un espace public qui ne tolère pas les revendications religieuses. Mais qui empêchera certains de considérer demain que le port d’une barbe associée à une djellaba est une provocation religieuse. Quels sont les prochains espaces qui seront interdits ? Le Conseil d’Etat vient de statuer et y a vu « une atteinte grave à la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle » . Je m’en réjouis.

Mais comment un premier Ministre issu de la gauche a-t-il pu se retrouver ainsi désavoué en compagnie des Ciotti, Estrosi, Sarkozy et consorts, sans oublier toute l’armada Le Pen?

Et ceci sans que jamais François Hollande n’y trouve à redire. Sauf un timide “ni provocation ni stigmatisation”. Faut il rappeler que pour une provocation, il y a 1000 stigmatisation, et combien de milliers de regards de travers, de remarques glaçantes, combien d’humiliations. Qu’il est semble-t-il difficile d’aller contre l’opinion quand il s’agit d’Islam. Qu’il est pour nous, pour moi douloureux d’observer cette prudence quand il s‘agit de condamner des arrêtés qui stigmatisent des millions de nos compatriotes.

Je vois dans l’hystérie qui entoure la question de la place de l’Islam en France, une conception dévoyée de la laïcité. La laïcité est devenue le prétexte commode à une offensive aussi virulente que désordonnée contre l’islam au point que certains s’enorgueillissent d’être traités d’islamophobe. La menace de l’Islamisme radical sur l’égalité femme homme est réelle. La menace terroriste djihadiste n’a jamais été aussi élevée.

Qui l’ignore ? Certainement pas moi. Mais face à une menace réelle et mouvante, il faut ajuster la riposte et ne pas tirer à vue. Imagine-t-on les dégâts des propos de ceux qui se revendiquent fièrement islamophobes quand ce terme n’a aux yeux de 99% des français aucune connotation idéologique mais désigne simplement et naturellement l’hostilité violente à l’égard de l’Islam et des musulmans. Imagine-ton la propagande antifrançaise que l’on alimente par les images humiliante de cette femme obligée de se déshabiller parce qu’elle portait un foulard sur une plage.

A force de polémique j’ai le sentiment qu’aujourd’hui en France, aux yeux de nombreux dirigeants politiques et de nombreux français « un bon musulman, c’est un musulman qui n’est pas musulman ». Un musulman sans religion, sans croyance, sans rite. Un musulman qui manifeste une première fois avec tout le monde contre le terrorisme et une deuxième fois comme musulman pour bien montrer qu’il a les deux pattes blanches. Un musulman docile débarrassé de tout discours oppositionnel. Un musulman invisible.

Quelle attitude la République doit-elle adopter ? Elle doit, comme toujours dans le passé, chercher et trouver un compromis entre la reconnaissance du fait religieux et les limites posées à l’extension du domaine religieux. Les canadiens appellent cela les « accommodements raisonnables ». Pour ce qui a trait à l’Islam, je considère pour ma part que si on accepte une véritable interaction, sans paternalisme, sans artifice ni faux semblant, on constatera que la matrice des valeurs commune existe bien et qu’elle nous permet de dépasser les points de discorde et de bâtir ces accommodements qui dans le respect de la laïcité et des principes de la République permettront à l’Islam en France de trouver une place semblable à celle des autres religions.

Confrontée aux défis de la ségrégation qui grandit, des inégalités qui augmente, de la radicalisation qui empire, la France n’a d’autre choix à court, moyen et long terme que de se tourner vers l’école, comme l’instrument le plus efficace par lequel lutter contre ces phénomènes morbides.

Car c’est par le savoir, la connaissance, le libre-arbitre, l’exercice de son esprit critique mais aussi la reconnaissance par l’institution des mérites de chaque élève que chaque jeune français trouvera sa place dans la société en harmonie avec tous les autres.

L’école a fait l’objet d’une priorité budgétaire et politique durant ce quinquennat. Beaucoup a été fait. Les résultats en matière éducative n’en déplaise à notre époque, ne sont pas immédiats. Mais un cap a été donné. Je propose aux français d’intensifier notre investissement dans l’école, l’égalité et le savoir.

Je propose donc aux Français, pour leur École, un triple contrat social.

L’Éducation, fondée sur la relation du maître et de l’élève, est plus que toute autre activité une activité qui engage l’humain. Avec ce triple contrat, nous recréerons les conditions de la confiance. La confiance de la société dans ses enseignants. La confiance de la société dans la capacité de son École à permettre à chaque élève de voir son mérite véritablement reconnu. La confiance, enfin, des enseignants en eux-mêmes, en leurs missions, en leur professionnalisme, au sens de leur métier.

http://www.benoithamon2017.fr/2016/08/29/discours-de-benoit-hamon-du-28-aout-2016-a-saint-denis/


POUR
CONTRE
Alain 15/09/2016
Au lieu d'attaquer Mélenchon essaie de comprendre convenablement ses phrases!!! Encore un qui ferait pchitt une fois élu!
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