Encourager le changement d’échelle des formes alternatives d’entrepreneuriat et d’économie inscrite dans la recherche du long terme et de l’intérêt général
Benoit Hamon
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Le quinquennat de François Hollande s’est montré particulièrement dévot. Il consacre 40 milliards d’euros par an à restaurer les marges des entreprises sans aucune contrepartie. Cette offrande est sans équivalent. Elle est payée par les ménages sous la forme de hausses d’impôts et de recul des services publics. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait encore sacrifier le code du travail, généraliser le « travailler plus pour gagner moins », faciliter le licenciement.

Et c’est ainsi sûrs d’eux même, que les dirigeants français actuels que rien ne distingue sur ce plan là de ceux qui les ont précédé, on réclamé du « sang et des larmes » pour courir après quelques dixièmes de croissance supplémentaire, tout à fait hypothétiques au demeurant.

C’est ainsi qu’on brûle des décennies de conquêtes sociales pour une chimère.

Une autre voie est possible. La tâche qui nous incombe est exaltante. Il nous faut repenser en profondeur l’économie pour faire naître une économie altruiste qui mette au cœur l’écologie, la création d’emplois, un renouveau de notre modèle social ainsi que les modalités démocratiques pour en décider dans un même élan. Cela pose la question de l’entreprise, du travail et de la protection sociale.

L’ESS et économie collaborative

Une économie altruiste, c’est une économie intensive en emplois et sobre en carbone. C’est apporter de la patience et du sens dans le système capitaliste. Il n’y aura pas de changement de paradigme en économie sans nous intéresser à l’entreprise et à l’entrepreneuriat.

Notre société bouillonne d’initiatives. Les projets de création d’entreprises sociales fourmillent. La créativité est même incroyable. L’engagement de ces entrepreneurs impressionne.

Pour toutes ces entreprises, le profit n’est pas un but, mais un moyen mis au service d’une mission.

Une multitude de besoins sociaux ne sont satisfaits ni par le marché ni par la puissance publique. A l’intersection des deux se trouvent souvent des acteurs de cette économie altruiste. Économie collaborative, économie du partage, économie de la fonctionnalité, économie sociale et solidaire.

Ma conviction est que la réponse à ces besoins sociaux passe par l’innovation sociale et le développement des acteurs de l’économie sociale et solidaire. Jusqu’à présent, face à un besoin social le réflexe consistait à imaginer une solution publique, sous la forme, d’un guichet, d’un formulaire, d’une administration et d’une prestation. A raison de la rareté de l’argent public mais aussi de l’obsolescence de réponses trop centralisées face aux besoins exprimés par nos concitoyens, l’ESS et l’entrepreneuriat social apportent une réponse moderne et efficace à ces demandes pour peu que l’Etat et les collectivités jouent leur rôle.

L’action sur l’accès aux marchés public, la fiscalité du privé non lucratif, les moyens et l’ingénierie consacrée par la BPI au changement d’échelle des acteurs des secteurs coopératifs ou associatifs, le soutien en France et en Europe au développement du modèle mutualiste sont autant de chantiers devant nous.

Subsisteront bien sûr des entreprises qui ont besoin, pour grandir, de servir un solide rendement en contrepartie du risque que des investisseurs consentent en y plaçant le capital indispensable à leur croissance. Ces entreprises trouvent la plupart du temps leur partenaire sur les marchés. Mais l’économie a besoin de diversité et il faut encourager le changement d’échelle de toutes ces formes alternatives d’entrepreneuriat et d’économie inscrite dans la recherche du long terme et de l’intérêt général.

Là où la puissance publique doit jouer son rôle c’est dans la création d’un environnement financier, fiscal et réglementaire, national et européen favorable aux acteurs de cette économie altruiste. 

http://www.benoithamon2017.fr/2016/08/29/discours-de-benoit-hamon-du-28-aout-2016-a-saint-denis/


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